Le bambou, en raison de ses propriétés particulières, flexibilité, grande résistance et croissance rapide, occupe une place privilégiée dans l’économie des groupes forestiers d’Asie du Sud-Est. J. Dournes rapporte même que les Jörai du Vietnam désignent l’ensemble des végétaux entrant en rapport avec l’Homme par l’expression köyau-ale : bois-bambou.


Le bambou appartient à la famille des Poaceae (graminées) et compte environ 80 genres et 1 300 espèces. L’identification taxonomique à l’échelle de l’espèce est rendue difficile par le fait qu’il fleurit peu souvent. Il s’agit d’une tige creuse cloisonnée de nœuds qui est lignifiée, c’est-à-dire rendue rigide par un taux important de lignine. Les bambous ont un réseau de tiges souterraines, appelées rhizomes et poussent par conséquent en touffes plus ou moins serrées.

Le bambou, sélectionné pour son centre creux, sert à fabriquer des sarbacanes, de longs récipients à eau, des boîtes pouvant contenir un nécessaire à fumer, des pots pour la cuisson du riz, des bananes vertes, du taro, des racines sauvages,…

Cage en bois et bambou © Marine Foucher

Il est consommé sous forme de jeunes pousses, de vin, de bière et d’eau-de-vie. En fines lamelles, il peut servir de couteau, par exemple pour couper du tabac chez les Palawan (Philippines) sans parler des millions de baguettes en bambou employées chaque jour dans le monde. Il a donné vie à de très nombreux instruments de musiques, comme des flûtes ou des guimbardes pour ne citer que ceux-là. Tissé ou effilé, il sert à la manufacture de paniers et des hottes.

Des pièges et des cages pour les animaux sont fabriqués en bambou et au XIXe siècle, des villages indiens s’entouraient de barrière en bambou pour se protéger des animaux sauvages tels les tigres.

Le bambou entre dans la construction des maisons traditionnelles mais aussi d’échafaudages dans les villes pour la construction d’immeubles. Il a même servi pour renforcer le ciment des édifices en Chine pendant la guerre 14-18 et au Vietnam pendant la guerre éponyme.

Plaquette de bambou gravée, National Museum of the Philippines à Quezon, île de Palawan, Philippines © MNHN - Hermine Xhauflair

Un dernier usage du bambou, mais non des moindre : il servait et sert encore de support d’écriture aux Philippines, en Malaysie, aux Célèbes, à Bali et à Java. Lorsque les Espagnols arrivèrent aux Philippines, la majorité de la population côtière était lettrée, hommes, femmes et enfants, l’écriture n’étant pas réservée à une élite. Ces alphabets sont dérivés d’une ancienne forme de Sanskrit, le Brâhmi d’Inde. Le couteau sert de crayon et le bambou de papier pour écrire principalement des chansons d’amour et des messages destinés à des parents et relations plus ou moins lointains.