Au XIXe siècle, la forêt couvrait la majeure partie de l’Asie du Sud-Est. En un peu plus d’un siècle, on a observé une diminution drastique du couvert végétal qui a entraîné inondations, glissements de terrain, stérilisation et appauvrissement des sols.


Les communautés montagnardes pratiquant l’agriculture itinérante sur brûlis sont montrées du doigt comme étant les responsables de cette déforestation. Cette vision des choses est constante dans le temps, quel que soit le régime politique en place dans les pays concernés. Elle est encore actuellement à la base de politiques de la forêt. Sous couvert de protection de l’environnement, des communautés dérangeantes en raison de leur caractère insaisissable et hors normes, ont été délocalisées, sédentarisés, acculturées, réduites au travail forcé notamment en Thaïlande comme le dénonce G. Rossi dans son livre L’ingérence écologique. Les forêts dans lesquelles elles vivaient ont bien souvent été rasées et mises en culture de façon permanente, ce que l’on appelle des fronts pionniers.

À la différence de l’agriculture itinérante sur brûlis, ces parcelles ne sont pas remises en friche, ce qui provoque une baisse importante de la fertilité. H. Conklin, G. Condominas et F. Aubaile-Sallenave également, attirent l’attention, outre les fronts pionniers, sur des responsables plus probables de la destruction de la forêt : l’exploitation industrielle du bois pour l’ébénisterie, la pâte à papier, la laque, le dammar (résine entrant dans la composition de peintures et de vernis. On l'obtient en pratiquant une incision dans les troncs de Hopea sp., Shorea sp. et Balanocarpus sp.) et le caoutchouc ainsi que les activités minières.

De grandes plantations de monocultures ont été créées, par exemple à Java, au Vietnam et en Malaisie dans un but commercial mais aussi parfois pour reforester des zones de forêt secondaire de défriche-brûlis considérées comme une dégradation de la forêt primaire.

Pourtant, des chercheurs occidentaux, de l’Université d’état de l’Utah aux Etats-Unis notamment, sont en train de redécouvrir les avantages de ce type de gestion de l’environnement. Ils ont nommé cette trajectoire agricole différente de la nôtre "agroforesterie". Il a été montré que la biodiversité était beaucoup plus importante dans les parcelles en friche (forêt secondaire) que dans la forêt primaire. Lors de l’essartage, les arbres ne sont pas tous coupés par les populations traditionnelles. Les souches sont laissées en place pour maintenir le sol et permettre la repousse lors de l’abandon du champ. L’agriculture itinérante sur brûlis apparait alors comme une gestion de l’écosystème, qui prend en compte le feu, les friches à différents stade et des îlots de forêt primaire.

Les populations montagnardes traditionnelles d’Asie du Sud-Est utilisent les ressources de la forêt avec sagesse et parcimonie. N. Revel rapporte que chez les Palawans chaque végétal, animal, minéral a son maître. Si les hommes pratiquent la chasse ou la cueillette de manière abusive, ils auront affaire à ces maîtres de toutes les choses : le käruduwa des hommes (leur double, inhérent à leur personne), deviendra alors leur gibier et les humains tomberont malades.