L’Asie du Sud-Est est un vaste territoire occupé par des sociétés plurielles, allant des nomades forestiers aux grands empires en passant par les riziculteurs, les petits pêcheurs, les compagnies d’exploitation minière et forestière. Les relations qu’ils entretiennent avec la forêt sont variées.


Les populations traditionnelles tirent l’essentiel de leurs ressources de la forêt, qui constitue leur milieu de vie et leur quotidien. Elles vivent généralement dans des régions peu accessibles, montagneuses ou marécageuses, ce qui leur a permis d’être épargnées dans une certaine mesure par le colonialisme, l’évangélisation ou l’islamisation et l’assimilation par les cultures dominantes.

Très tôt, les enfants acquièrent un savoir naturaliste. S’ils veulent survivre avec succès dans le milieu forestier, ils doivent apprendre à reconnaitre de nombreuses plantes, à les nommer, à cartographier mentalement leur répartition et à connaitre leurs caractéristiques et leur utilité. J. Dournes explique que chez les Jörai du Vietnam, ce savoir "s’acquiert par les pieds". L’Homme connaît de la forêt ce qu’il peut en traverser.

Le végétal occupe une place particulière dans la culture immatérielle de ces peuples de la forêt. Les Mentawaï (Indonésie) donnent souvent aux nouveau-nés un nom inspiré d’un végétal. Chez les Hanunóo (Philippines), les plantes sont très présentes dans les poèmes et les légendes. Elles symbolisent des sentiments comme l’amour ou le désespoir, mais également des personnages féminins. De nombreux groupes désignent des hameaux ou des endroits particuliers de la forêt par les éléments du paysage végétal qui les caractérisent. Ainsi, ces quelques exemples Palawan (Philippines) rapportés par N. Revel : Kä-kawayan "Futaie de Bambous", Kä-bäktik-an "Forêt de dammars" ou encore Taruwän "arbre au tronc de cire".

Contrairement à ce que l’on pourrait présumer, ces populations qui semblent sortir tout droit du fond des âges ne sont pas isolées. Elles sont en contact depuis des siècles, voire des millénaires, avec les communautés agraires des basses plaines ou les marchands avec qui elles pratiquent des échanges. Elles leur fournissent des produits de la forêt comme des épices, du rotin, du bois, du camphre, des Zingibéracées contre du sel, des jarres et des gongs. Ces derniers ont une grande valeur symbolique dans les communautés forestières. Ces groupes ethniques n’ont pas non plus forcément toujours vécu au même endroit : des mouvements de populations sont attestés dès la Préhistoire.