Cette relation entre l’Homme et la sphère végétale est-elle récente ou puise-t-elle ses racines dans la préhistoire la plus ancienne ?


Notre espèce a laissé des indices de son passage et de son arrivée en Asie du Sud-est. Les grottes de Niah (Bornéo, en Malaisie) et de Tabon (Palawan, aux Philippines) ont livré des ossements d’Homo sapiens qui sont les plus anciens identifiés avec certitude pour la région. Ces premiers hommes modernes seraient arrivés il y a environ 40 000 ans. En 2007, l’archéologue A. Mijares a fait une découverte qui risque bien de faire reculer cette date de presque 30 000 ans ! Il a mis au jour avec son équipe un métatarse (un petit os du pied) datant de 67 000 ans qui appartenait peut-être à un être humain. Cet os a été étudié au Muséum par F. Détroit et G. Champion. Pour le moment, il est impossible de dire s’il s’agit d’un ossement d’Homo sapiens, d’Homo erectus (déjà présent en Asie depuis quelques centaines de milliers d’années), d’Homo floresiensis (dit le "hobbit", petit homme à peine plus grand qu’un mètre de haut, découvert à Flores, en Indonésie) ou encore d’une autre espèce bien qu’il semblerait qu’il s’agisse du genre Homo. Les investigations continuent.

Des outils en pierre des plus étonnants ont été retrouvés, taillés par ces hommes fossiles. Ils résultent de techniques de fabrication extrêmement simples par rapport aux outils découverts en Afrique, en Europe et au Moyen Orient. Quelles sont les raisons de ce faible investissement technologique de la pierre ? Des chercheurs l’expliquent par l’hypothèse que l’essentiel du geste technique était ailleurs. Les préhistoriques se seraient tout simplement adaptés à leur nouvel environnement tropical luxuriant et auraient utilisé les ressources végétales à leur disposition. Certains scientifiques pensent même que les outils en pierre servaient en fait à en fabriquer d’autres plus spécialisés en bois ou en bambou. Malheureusement, en milieu tropical, les matières organiques se conservent très mal. Aucun outil en bambou n’a été retrouvé dans les sites archéologiques préhistoriques et il y a peu de chance d’en retrouver un jour. G. Pope appuie cette hypothèse par le fait que la zone de répartition de ces outils en pierre taillés de manière assez rudimentaire coïnciderait avec l’étendue de la forêt de bambou. H. Forestier rajoute quant à lui qu’il n’existe pas de société de chasseurs-cueilleurs sans armes de jet pour la chasse. Comme aucune pointe de flèche ou de lance en pierre n’a été retrouvée dans les sites archéologiques, cela voudrait dire qu’elles étaient en matière végétale et qu’elles n’ont pas persisté jusqu’à nos jours.

La tracéologie est une discipline qui étudie la fonction des outils. Le travail de différents matériaux, les gestes effectués et l’emmanchement ont laissé des traces sur la pierre. Ces "négatifs" vont permettre de redonner vie aux matières organiques aujourd’hui disparues et de reconstituer les activités réalisées par les hommes. Des recherches menées par des tracéologues sont en cours en Asie du Sud-Est. L’objectif est de tenter de lever le voile sur la relation mystérieuse qui existait entre les Hommes et la forêt il y a des milliers d’années.