Les hommes cultivent dans la forêt le riz, le maïs, le taro et l’igname, les bananes, la patate douce et divers arbres fruitiers. En plus des plantes cultivées, des végétaux sauvages ou semi-domestiqués variés apportent un bon complément alimentaire et témoignent d’une grande maîtrise botanique.


La chasse à la sarbacane ou avec des pièges ingénieux, souvent construits en matières végétales, fournit des protéines qui viennent parfois compléter le menu tout comme poissons, mollusques, crustacés et amphibiens. Certaines populations élèvent également des poulets et des cochons. Pour ces groupes forestiers, la barrière entre chasseurs-cueilleurs et agriculteurs-éleveurs est floue et ne correspond pas à une réalité.

Dans certaines régions, comme à Siberut pour les Mentawaï, le sagoutier (Metroxylon sp. ou Eugeissona sp.) fournit l’aliment de base et constitue dans d’autres une alternative au riz en période de soudure. Il est de la famille des palmiers (Arecaceae) et peut être cultivé ou protégé.

Sagoutiers. Île de Siberut, Indonésie © MNHN/IRD - Hubert Forestier

Pour fabriquer le sagou, le tronc est débité en tronçons qui sont râpés en copeaux avant d’être lavés abondamment, le but étant de recueillir l’amidon. Ce dernier peut se conserver sec ou avec de l’eau sous forme d’une pâte blanche.

Les plantes de la forêt fournissent bien d’autres choses encore que de la nourriture. Les Hanunóo, nous rapporte H. Conklin, pensent que chaque arbre, chaque buisson a potentiellement une utilité. Contrairement à une idée reçue, les Hommes, aussi bien à Mindoro (les Hanunóo) qu’à Palawan (les Palawan - rapporté par N. Revel), utilisent une très large variété de végétaux.

Hommes et femmes de tout âge fument le tabac qu’ils cultivent ou chiquent les noix de bétel, l’un excluant l’autre dans la plupart des cas. La noix d’arec (souvent appelée noix de bétel) est le fruit du Areca catechu et se mâche généralement avec une feuille de bétel (Piper betle) et de la chaux bien que la préparation puisse varier selon les endroits. L’effet est stimulant, grisant et coupe-faim.

Ces populations forestières construisent leurs maisons en matériaux végétaux d’origine locale uniquement. Bien souvent sur pilotis, les murs peuvent être en planchettes de bambou, en rotin ou en feuilles de palmier tressées. Le plancher est en bambou, et le tout est attaché et maintenu ensemble par du rotin fendu en fines lanières. Des herbes médicinales peuvent être plantées près des maisons, bien qu’un grand nombre provienne des forêts secondaires ou jachères. Des poisons sont extraits de certaines herbes et lianes dont on enduit les flèches pour chasser ou servent à tuer les poissons.

La pâte de sagou est stockée dans de grands récipients en feuilles par les Mentawai (Indonésie) © MNHN/IRD - Hubert Forestier

La résine sert à fabriquer des bougies (par exemple en Canarium luzoonicum chez les Hanunóo) ainsi que de la colle (par exemple, chez les Agta des Philippines, en Pterocarpus indicus). Ces groupes pratiquent la vannerie, en rotin notamment, et réalisent de nombreux ustensiles et outils en bois, comme des herminettes.

Les plantes permettent aussi de fabriquer des objets magiques. Les Mentawaï utilisent un bouquet de plante séchées pour éloigner les mauvais esprits.

Les fleurs, les feuilles, les herbes et même les racines servent de parures pour s’embellir. Les Hanunóo utilisaient des copeaux d’écorce de racines aériennes (Raphidophora sp.) pour colorer leurs dents en noir, comble de l’élégance.

Maison construite en matériaux végétaux. Dewil Valley, île de Palawan, Philippines © Marie-Alice Martin