« Faute de grive, on mange des merles »… Il y a pourtant mieux à faire que de manger le Merle noir (Turdus merula Linné). L’observer, par exemple !


Un bavard matinal
Le plus souvent sédentaires, les merles citadins, peut-être influencés par la débauche des lumières artificielles, commencent leurs chants tôt en saison, aux alentours de six heures du matin, bien avant leurs frères campagnards. Une belle strophe flûtée et mélodieuse, composée de notes claires et sonores, qui va aller s’intensifiant jusqu’à l’été, se prolongeant parfois pendant une demi-heure. Chaque merle a son perchoir dominant favori pour pousser la chansonnette : arbre élevé, antenne, corniche ou cheminée. Le Merle noir est aussi prodigue de toute une série de cris étouffés ou cliquetants : sons saccadés au moment de rejoindre le dortoir communautaire nocturne ou clameur étranglée caractéristique quand, effrayé, il gagne précipitamment un abri.

Profitant d’une nourriture abondante tout au long de l’année, d’une foule de buissons pour installer leur nid, et d’une sécurité (relative, car en ville le succès de la reproduction est souvent aléatoire), ils sont familiers du Jardin des Plantes. Confiants mais gardant néanmoins leurs distances, ils se déplacent par bond sur les pelouses d’où ils extraient les lombrics en les capturant avec leur bec et en sautillant sur place pour les tirer hors du sol. Il leur arrive également de retourner les feuilles mortes pour exposer les insectes cachés dessous. À l’occasion, ils ne dédaignent pas quelques graines, ou des fruits et des baies. Les femelles, qui peuvent élever deux à trois nichées par an, et les jeunes se distinguent par leur plumage brun et roux plus ou moins moucheté. Le mâle adulte est d’une grande élégance, dans sa livrée noire satinée rehaussée du jaune-orangé de son cercle orbital et de son bec.

Les goûts et les couleurs de madame Merle
Cette touche de couleur orange n’est pas uniquement ornementale : elle joue un rôle important dans la sélection par les femelles d’un partenaire sexuel. En effet, la couleur du bec du mâle est due à des dérivés des caroténoïdes, une famille de pigments qui colorent en jaune, rouge ou orange de nombreuses plantes, mais aussi des poissons, insectes, amphibiens, reptiles… Ils sont fabriqués par certains végétaux, chez lesquels ils interviennent dans la photosynthèse, ainsi que par certains micro-organismes. Les autres êtres vivants, dont les oiseaux, se les procurent grâce à leur alimentation.
Les caroténoides ont de nombreuses propriétés : ils servent notamment à la synthèse de la vitamine A, importante pour la vision, stimulent la production d’anticorps et absorbent certains des radicaux libres nocifs produits au cours de la réponse immunitaire…

Quel rapport entre ces molécules et le merle noir ? Chez le mâle, la couleur du bec est directement liée au niveau de caroténoïdes, qui témoigne lui-même de la qualité du système immunitaire, et donc de la santé de l’oiseau. Plus le bec d’un mâle est coloré, meilleur est son système immunitaire. À l’inverse, lorsqu’un merle mâle est souffrant, la couleur de son bec se ternit, en raison de la baisse du niveau de caroténoïdes. Donc en s’orientant de préférence vers les partenaires aux becs les plus vifs, les femelles choisissent en fait un mâle en bonne santé ! Le même phénomène est observé chez un autre oiseau, le Diamant mandarin (Taeniopygia guttata). Toutefois, dans les deux cas, la couleur du bec n’est pas le seul facteur auquel s’intéressent les femelles dans leur choix d’un mâle !

Sa fiche sur le site de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel

Sa fiche sur le site oiseaux.net