Il n’a pas de patte, est couvert d’écailles, se déplace par reptation… Et pourtant, ce n’est pas un serpent ! Rencontre avec le très discret Orvet fragile (Anguis fragilis Linné).


Un lézard déguisé en serpent
L’Orvet est parfois surnommé "serpent de verre", en raison de sa capacité à abandonner sa queue lorsqu’il est menacé, à la manière des lézards… Et pour cause : malgré son apparence de serpent, l’Orvet n’est pas un serpent est bel et bien un lézard ! Pour achever de s’en convaincre, il suffit de l’observer plus attentivement. Contrairement aux serpents, l’Orvet, d’aspect général lisse et brillant, possède une petite tête peu distincte du corps, des écailles dorsales et ventrales de taille semblable (tandis que le ventre des serpents est couvert par une seule rangée de grandes écailles), des paupières mobiles (alors que les yeux des serpents sont protégés par une paupière transparente fixe). L’Orvet est également moins agile que les serpents, et bien qu’il se déplace comme eux par reptation, il est plus lent. Enfin, preuve définitive s’il en fallait : tout comme les lézards, en cas d’agression l’orvet est capable de se débarrasser de sa queue pour échapper à son prédateur ! Cette étrange faculté est appelée autotomie. Un subterfuge qui ne marche qu’une fois : la queue repousse ensuite, mais elle plus courte et ne retombera plus…

Un discret casanier
Bien que largement répandu de l’Europe au Caucase, et même jusqu’en Iran, l’Orvet est l’un des reptiles dont la biologie est la moins bien connue. Il est en effet très discret, et reste volontiers caché sous des pierres, des tas de bois mort, ou des débris divers (planches, tôles, bâches en plastique…). Il y trouve humidité, chaleur et proies, principalement des vers de terre et des limaces, mais aussi des cloportes, des araignées et des larves d’insectes. Il fréquente de nombreux milieux : prairies, friches, pelouses, prés humides, talus, vergers, lisières de forêts, bois clairs… L’orvet préfère les habitats frais, mais on le trouve également dans des endroits très secs, tels que landes sèches ou éboulis rocheux. Semi-fouisseur, il passe une grande partie de son existence sous la couverture herbacée ou sous terre. Il fréquente souvent les fourmilières, dont il semble apprécier le réseau de galeries.

L’orvet se déplace peu, et n’a pas un sens du territoire exacerbé. D’octobre à mars, il passe la mauvaise saison dans un abri hivernal qu’il lui arrive de partager avec ses congénères, voire avec d’autres reptiles ou amphibiens. En mai et en juin arrive la saison des amours. Le long accouplement, qui peut durer plus de 20 heures, est souvent précédé de combats violents entre mâles. Quelques mois plus tard, entre août et septembre, les femelles pondent 6 à 12 œufs dont la paroi mince n’est pas une coquille mais une fine membrane à travers laquelle on devine le jeune à naître, déjà semblable à l’adulte. Il sortira peu après la ponte, en déchirant l’enveloppe de l’œuf. L’Orvet est en effet une espèce ovovivipare : les œufs sont incubés dans le corps de la femelle. Au moment de la ponte, le développement embryonnaire est achevé, et les jeunes sont donc autonomes. Nul besoin de faire incuber les œufs en les couvant, comme chez les oiseaux, ou en les enterrant, comme certains reptiles ovipares (tortue, alligator…).

Peu connu, probablement menacé
En raison de sa discrétion, les informations sur l’évolution des populations d’Orvet sont peu nombreuses. Elles semblent toutefois en déclin, pour de nombreuses raisons ayant principalement trait à la destruction de son habitat : comblement des carrières, intensification des pratiques agricoles (mise en culture, arrachage des haies…), urbanisation, fauchage (bords de route, jardins, prairies…). En conséquence, l’Orvet est protégé, en France (comme tous les reptiles et amphibiens) et en Europe.

La présence de l’Orvet au Jardin des Plantes est intéressante car elle illustre bien l’impact des activités humaines sur la biodiversité locale : en effet, il semble que l’Orvet soit arrivé sur le site avec une cargaison de terre en provenance d’une forêt. Mais en définitive, le passager clandestin semble s’être plutôt bien acclimaté à son nouvel environnement…

Consulter sa fiche sur le site de l’Inventaire national du Patrimoine Naturel