Carrés de la perspective

Ils sont cinq et, entre une double allée de platanes, ils conduisent le regard à travers le Jardin des Plantes : ce sont les carrés de la perspective, fleuris du mois d’avril à la fin de l’automne.

picto_accessibilite.png

Un jardin pour flâner
Le promeneur un tant soit peu tatillon aura tôt fait de s’en apercevoir : ces carrés ont quelque chose qui cloche. Et pour cause : ils sont rectangulaires ! Erreur de conception ? Envie de changement ? En fait, l’explication est moins triviale : le nom de ces plates-bandes ne provient pas de leur forme, mais dérive de leur usage. Ce sont des carrés, ou carreaux, de culture.
Respectant les principes du "jardin à la française" (ouverture de l’espace, symétrie, harmonie des formes…), ils composent une vaste perspective qui s’étire sur 480 mètres et 2,5 hectares entre les statues de Lamarck, côté Seine, et de Buffon, côté Grande Galerie de l’Évolution. C’est un lieu de promenade coloré, agréable et changeant, pendant toute la belle saison, grâce aux deux séries de plantations annuelles. Au printemps, les plantes bisannuelles et les bulbes, plantés au mois de novembre de l’année précédente, y sont en fête. Puis les plantations du mois de mai nourrissent une magnifique floraison estivale. Évidemment, comme dans tout jardin botanique qui se respecte, les centaines d’espèces et de variétés présentées sont toutes dûment étiquetées.

Continuité et changement
Si l’axe structuré par ces cinq carrés de la perspective est resté inchangé depuis la création du Jardin, les cultures ont évolué au cours des siècles. À l’origine constituées de plantes médicinales puis de plantes agronomiques, fruitières ou ornementales, elles se déclinent aujourd’hui en trois thèmes qui montrent la diversité des services écologiques que les végétaux rendent à la Nature et à l’Homme : le jardin des papillons, le jardin des plantes ressources et le jardin des saisons.
En plus de ces trois thèmes principaux, certaines de ces plates-bandes accueillent des présentations thématiques saisonnières consacrées à la diversité d’une famille (Solanacées, Géraniacées…) ou d’un genre particulier (sauge, blé…) et la diversité des espèces ornementales.

Le jardin des papillons
Créer un paradis pour Lépidoptères (nom de l’ordre auquel appartiennent les papillons) demande du savoir-faire. En effet, ces insectes ont certaines exigences écologiques qu’il faudra satisfaire avant de pouvoir admirer les nuances colorées de leurs battements d’ailes.
Le maître-mot est diversification : il est impératif de planter le lieu d’un large éventail de végétaux. En effet, chaque espèce de papillon a ses préférences, et les chenilles, déjà, ont un régime de prédilection. La couleur des fleurs joue aussi un rôle, le mauve et le jaune exerçant une plus forte attraction sur les papillons que d’autres couleurs. Enfin, ils apprécient également que l’endroit soit ensoleillé, à l’abri du vent, à proximité d’un point d’eau, si possible dépourvu de pesticides… Une longue liste de conditions, mais heureusement, la plupart des astuces pour créer chez soi un jardin à papillons réussi sont détaillées sur le site de l’Observatoire des papillons des jardins, une initiative conjointe du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’association Noé Conservation.

Le jardin des plantes ressources
Un grand nombre de médicaments utilisés aujourd’hui proviennent directement ou indirectement de plantes médicinales utilisées traditionnellement. Le jardin des plantes ressources en donne quelques exemples, tels que le romarin (Rosmarinus officinalis), qui possède des vertus antiseptiques, anti-oxydantes et purifiantes. On trouve également dans ce jardin des plantes textiles comme le lin (Linum usitatissimum), largement cultivé dans le nord de la France. Enfin, le promeneur peut y découvrir des espèces de plantes dites "tinctoriales", dont on extrait les pigments pour fabriquer des teintures. C’est par exemple le cas du pastel (Isatis tinctoria), dont on tirait autrefois le bleu-indigo, dans le Haut-Languedoc (Toulouse, Albi). Les feuilles étaient alors ramassées, broyées puis façonnées en boules appelées coques, ou coucagno en occitan. Un mot qui aurait peut-être donné son nom à la région, devenue prospère grâce à cette culture : le Pays de Cocagne. Ce jardin présente également la diversité des cultures de plein champ (blé, orge, triticale…) ; quelques plantes pour l’industrie du parfum (rose, iris, jasmin…) pour la cosmétique (millepertuis, saponaire, échinacée pourpre…) ; des plantes aromatiques et condimentaires (raifort, safran, livèche…) ; des potagères à découvrir (lentille, arachide, quinoa…) ; des plantes à usage traditionnel ; d’autres aux vertus dépolluantes ou simplement utilisées pour soigner les cultures au jardin.

Le jardin des saisons
C’est le lieu de présentation des espèces végétales ornementales, dont certaines sont issues d’une longue et patiente sélection pratiquée par les horticulteurs.
Dès le mois d’avril on peut y admirer les collections de plantes bisannuelles et de plantes bulbeuses, installées en novembre de l’année précédente pour une floraison printanière. Puis, à partir du 15 mai, les jardiniers renouvellent les plantations. Majestueux cannas, dahlias, fuchsias, spectaculaires liserons, graminées ou sauges… Sept cents variétés de plantes nourriront une magnifique floraison estivale, et se relaieront pour maintenir l’éclat des plates-bandes de juin à octobre. Ce véritable catalogue vivant est le fruit d’un travail collectif réalisé avec des botanistes, des horticulteurs, des producteurs ou obtenteurs grainiers, des conservatoires végétaux, tous unis pour promouvoir la connaissance des plantes ornementales de jardins. Une mine d’idées pour le jardinier amateur à court d’imagination !