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Zoom : Les Grandes Serres

De l'Amérique du Sud à l'Asie, de notre époque jusqu'à -540 millions d'années, les Grandes Serres du Jardin des Plantes vous invitent à un voyage dans l'espace et dans le temps. Textes rédigés par Fabrice Arnault.

  • Serre des forêts tropicales et humides
  • Serre des forêts tropicales et humides
  • Serre des déserts et milieux arides
  • Serre de la Nouvelle-Calédonie
Serre des forêts tropicales et humides [Photo Manuel Cohen | © MNHN]
Serre des forêts tropicales et humides [Photo Manuel Cohen | © MNHN]
Serre des déserts et milieux arides [Photo Manuel Cohen | © MNHN]
Serre de la Nouvelle-Calédonie [Photo Manuel Cohen | © MNHN]

La serre des forêts tropicales humides

La serre des forêts tropicales humides abrite des plantes qui dans la nature bénéficient des conditions optimales de chaleur et d’humidité. Les végétaux plantés - originaires d’Afrique, d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud, d’Asie du Sud Est, d’Australie et des îles du Pacifique - proviennent de toutes les zones du globe à climats équatorial et tropical humide. Tous les « types » de végétaux sont présentés : grands arbres (les ficus, le palmier des Bermudes...), petits arbres, arbustes et arbrisseaux, grandes herbacées (les bananiers,...), petites herbes du sous-bois, lianes (le poivre...) et plantes épiphytes.

 

Précieuses forêts tropicales

Les Grands SerresCathédrales vertes s’il en est, les écosystèmes de la forêt tropicale sont à la fois hauts lieux de biodiversité et « points chauds » par les menaces que nos appétits d’espace et de ressources font peser sur eux.
Sur 7% des terres, on recense plus de la moitié des espèces vivantes : un même hectare de forêt tropicale peut renfermer plus de 400 espèces d’arbres différentes ! En plaine comme en montagne, de l’Amazonie à l’Indonésie en passant par l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, ces écosystèmes qui font le bonheur de milliers de plantes épiphytes et de leurs riches faunes spécialisées sont le dernier refuge des grands singes nos cousins, comme des tigres, ocelots et autres jaguars. Derniers refuges aussi et tissu de la culture de nombreuses populations indigènes, les forêts tropicales sont des systèmes organisés complexes, essentiels pour la physiologie de notre planète entière : elles sont irremplaçables et tout notre génie humain ne saurait les réinventer.
Pourtant, le XXe siècle les a vu se réduire comme peau de chagrin, et leur érosion se poursuit dans l’indifférence quasi générale en dépit de la mobilisation de nombreuses associations et de quelques initiatives telles que la réglementation du commerce des bois tropicaux.
Il faut apprendre à les connaître, à les comprendre, à les aimer. Peut-être saura-t-on, voudra-t-on alors les protéger vraiment : ce sont les cathédrales de la nature, les garants de notre avenir.

 

La biodiversité

La biodiversité, c’est le tissu vivant de la planète. Un réseau fait de millions d’espèces, microbes, plantes et animaux - humains compris. Dans ce réseau d’interactions, les uns mangent les autres, car c’est ainsi que la vie procède pour se maintenir. Mais il y a aussi de la coopération, de l’entraide entre individus et espèces. Ainsi les lichens, qui résultent d’une association intime, une symbiose, entre une algue et un champignon. Et ces arbres, seraient-ils si beaux sans les champignons filamenteux qui colonisent leurs racines et leur apportent des nutriments précieux ? Et nous autres, êtres humains, ne profitons-nous pas de cette richesse naturelle ? Blé, riz, pommes de terre, vaches et moutons qui nous nourrissent : biodiversité ! Coton, laine, cuir qui nous habillent : biodiversité ! Pénicilline, aspirine ou quinine qui nous guérissent : fruits de la biodiversité encore ! Alors, faisons équipe avec la nature, protégeons-la : notre présent en dépend — et plus encore le futur de nos enfants.

 

Mieux connaître pour mieux préserver

Les Grands SerresPartout, la forêt recule. Toujours plus de population, toujours plus de besoins, pour se chauffer, construire, manger, circuler... Un péril environnemental mais aussi économique, social et culturel. L’équilibre entre écologie et économie paraît illusoire à ce rythme de développement. Or, la forêt tropicale humide est le premier réservoir mondial de biodiversité et un régulateur du climat, indispensables pour la planète et l’humanité. Améliorer les connaissances sur cet écosystème fragile permet d’en inventorier et utiliser les ressources, de sensibiliser les hommes à sa beauté et son utilité et aussi de mieux répondre aux exigences écologiques et économiques.
La prise de conscience internationale est réellement née au Sommet de la Terre, à Rio (1992), par son acte fondateur, la Convention sur la Diversité Biologique, suivie depuis d’autres grandes résolutions, ambitieuses pour les forêts, la planète et le climat. La France, avec ses riches forêts tropicales ultramarines, a de grandes responsabilités. Elle agit pour leur préservation (parcs, réserves, gestion durable…) mais on déplore aussi des désastres écologiques (orpaillage sauvage, extraction minière incontrôlée, pollution des sols...). Ici et ailleurs, les solutions existent : agroforêts, prélèvements limités, certaines formes d’extractivisme, espaces protégés, régénération d’aires dégradées... Et pourtant, la déforestation se poursuit inexorablement.

La serre des déserts et milieux arides

La serre des déserts et milieux arides expose des plantes remarquablement adaptées à la sécheresse. Ces xérophytes sont originaires de différentes régions du monde : plantes des déserts des Etats-Unis d’Amérique et du Mexique, des Andes, d’Afrique du Sud, de Madagascar, du Sahara, de la péninsule Arabique, d’Australie et de certaines îles.
Ces formidables végétaux, avec leurs étranges géométries et leurs textures variées, offrent au regard une source d’étonnement !

 

Déserts et autres mondes arides

Un cactusEspaces immenses où sévissent manque d’eau, vents violents et fort ensoleillement, ils peuvent être froids, comme en Asie centrale ou glacés, en zones polaires. Sous les tropiques, ils sont brûlants. Dunes de sable du Sahara, décors naturels des westerns américains, terres rouges d’Australie en sont les paysages emblématiques. Les moindres surfaces liquides s’évaporent, les vents assèchent, arrachent les plantes. Les contrastes sont élevés entre les jours, torrides, et les nuits, où il peut faire froid et même geler. Les pluies s’abattent en trombes, pendant de courtes périodes, puis disparaissent pour longtemps, parfois plusieurs années. Ces conditions sont redoutables pour la vie.
Moins de 100 millimètres de pluies tombent par an dans les déserts les plus secs, comme celui d’Atacama, dans le nord du Chili. Au-delà on parle de zones subarides et semi-arides. Malgré ces contraintes environnementales extrêmes, plantes et animaux du désert combinent différentes stratégies adaptatives pour survivre.
La biodiversité des zones arides est moindre qu’ailleurs. Pourtant, certains groupes y sont incroyablement diversifiés comme les cactées, les euphorbes ou les Crassulacées et certaines régions du monde concentrent une richesse extraordinaire en plantes adaptées à la sécheresse, les xérophytes, dont beaucoup sont endémiques, comme dans le nord du Mexique, en Afrique du Sud et dans le sud-ouest de Madagascar.

 

Terres arides, terres humaines

Dans les écosystèmes arides et subarides, un quart de la superficie terrestre, vit un sixième de l’humanité ! Certains peuples s’y maintiennent depuis la nuit des temps et en tirent leurs ressources. Pourtant, les hommes représentent aujourd’hui une menace. Les pressions sont multiples : augmentation rapide de la population et avec elle, urbanisation et diverses activités économiques ; excès du développement agricole avec le surpâturage, les défrichements, les feux de brousse, de mauvaises pratiques d’utilisation du sol, la surexploitation des espèces sauvages et l’introduction d’espèces exotiques envahissantes ; enfin, l’exploitation des ressources minières. Peu à peu, les terres sont fragilisées, se dégradent. La biodiversité recule.
Les changements climatiques actuels accentuent les sécheresses dans des zones où règne déjà une intense aridité. La désertification progresse, et avec elle des déplacements ou concentrations de populations.
Mais l’Homme tente aussi de concilier développement économique et préservation de ces milieux uniques : programmes financés par de grandes organisations internationales (ex. : Convention des Nations unies sur la Lutte contre la Désertification) et certains gouvernements ou, à l’autre bout de l’échelle, actions de populations autochtones, encourageant l’éducation, la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique.

La serre de la Nouvelle-Calédonie

La serre de la Nouvelle-Calédonie révèle une flore étonnante tant pour la richesse de ses espèces végétales au caractère unique que pour leur grand intérêt scientifique. Cette flore unique est dite endémique, c'est-à-dire que certaines de ses espèces, ou sous-espèces existent et vivent uniquement en Nouvelle-Calédonie. Beaucoup d’espèces sont micro endémiques ne vivant que dans des zones très localisées de l’archipel calédonien. Plusieurs groupes de plantes d’origine très ancienne, représentants des branches de base de l’arbre généalogique du règne végétal s’exposent dans ce lieu d’exception.

 

La Nouvelle-Calédonie, un joyau du Pacifique

Les Grands SerresDans son écrin de lagons, la Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique Sud, est une terre de couleurs par les bleus de ses lagons, le blanc du ruban d’écume qui se brise sur la barrière de corail, les verts de la végétation et le rouge de sa terre.
Cette terre, qui est d’origine sédimentaire et volcanique, se serait détachée du Gondwana par le jeu de mouvements tectoniques et a été isolée pendant plus de 80 millions d’années. Elle a gardé de ce passé des vestiges de la faune et de la flore.
Aujourd’hui, les milieux originels comme la forêt dense humide, la forêt sèche ou sclérophylle, le maquis minier, la mangrove se partagent l’espace avec des milieux secondarisés tels la savane à niaoulis, les surfaces cultivées.
Malgré sa faible superficie, 19 058 km², cet archipel, riche de plus de 3 000 espèces de faune et flore terrestres qui n’existent nulle part ailleurs et d’une biodiversité marine exceptionnelle, est l’un des « points chauds » ou hotspots les plus importants de la planète pour son patrimoine naturel. En effet, 76 % des espèces végétales et 72 % des espèces animales connues sont endémiques.
Elément essentiel de l’identité kanak, la terre calédonienne offre un patrimoine naturel exceptionnel, mais le feu et l’exploitation du minerai de nickel sont les principales causes de sa dégradation. Les populations locales tentent aujourd’hui de concilier le développement économique et la préservation de ce petit bout de terre du Pacifique, véritable trésor de la Nature !

 

La Nouvelle-Calédonie, un destin original

Terre d’Océanie, la Nouvelle-Calédonie est peuplée depuis 3 000 ans. La population kanak d’origine a été rejointe par des populations venues d’Europe, d’Asie et d’autres îles d’Océanie. La Nouvelle- Calédonie d’aujourd’hui est démographiquement et culturellement le produit de cette histoire.
Le navigateur britannique James Cook nomma la Nouvelle-Calédonie en 1774. L’archipel est rattaché à la France depuis 1853.
Terre d’évangélisation, de déportation, de colonisation, la Nouvelle-Calédonie a subi les vicissitudes d’une histoire troublée avant de s’engager, depuis les accords de Matignon en 1988 et l’accord de Nouméa en 1998, dans la construction d’un destin commun.
Aujourd’hui collectivité de la République française, la Nouvelle-Calédonie accroît progressivement son autonomie. Avec ses ressources en minerai de nickel, qu’elle est appelée à transformer de plus en plus sur place grâce à de nouvelles usines, (la Grande Terre recèle un quart des réserves mondiales), elle possède un atout économique de poids.
La Nouvelle-Calédonie doit maintenant faire face à un défi majeur : concilier développement économique et préservation d’une biodiversité exceptionnelle, notamment les remarquables récifs coralliens dont plusieurs parties ont été, depuis 2008, inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco.

La serre de l’histoire des plantes

Les plantes ont leur histoire, celle d’une adaptation à des milieux changeants, depuis la sortie des eaux jusqu’à l’apparition des fleurs. La classification des végétaux est aujourd’hui fondée sur leurs relations de parenté (phylogénie). Les plantes actuelles ont en effet des origines diverses, anciennes ou récentes. Apparentées à divers groupes fossiles, elles sont les témoins vivants de cette évolution qui n’est pas linéaire. La serre de l'histoire des plantes propose un parcours chronologique de l'histoire évolutive. Il illustre notamment une innovation majeure dans l’histoire évolutive des plantes au cours de l’ère primaire et de l’ère secondaire (entre -540 et -65 millions d’années). Des représentants modernes de groupes de végétaux apparus anciennement (lycopodes, prêles…), des reconstitutions de végétaux disparus et deux troncs fossiles silicifiés ponctuent ce parcours.

 

L’histoire des plantes terrestres

Les Grandes SerresL’histoire des plantes est une longue succession d’événements évolutifs et géologiques qui ont façonné et sélectionné les groupes végétaux présents sur la Terre. De cette longue histoire restent des témoins qui viennent du tout début de la couverture de la surface des continents jusqu’aux derniers événements climatiques du Quaternaire. À l’échelle de cette histoire, les groupes dominants aujourd’hui ne le sont que depuis peu. Ils apparaissent eux-mêmes comme le fruit d’une évolution complexe où chaque événement à la surface du globe a eu une importance fondamentale.
La longue et foisonnante histoire des plantes terrestres, les « Embryophytes », remonte à au moins 430 millions d’années. La classification des végétaux, parfois difficile à comprendre, est aujourd’hui fondée sur leurs relations de parenté. Les plantes actuelles ont en effet des origines diverses, anciennes ou récentes. Les fossiles illustrent les différences de formes avec les plantes vivantes issues des mêmes groupes. Ces plantes, qui nous viennent du fond des âges, sont des éléments marquants de la biodiversité végétale actuelle. Les activités humaines font peser aujourd’hui sur cette biodiversité des menaces que nous devons contrôler, afin de préserver au mieux cet « héritage » qui vient de la très longue histoire de la vie.

 

Une diversité fragile, héritée d’une langue histoire

Dans un monde actuel dominé par les plantes à fleurs, les formes anciennes des plantes terrestres sont discrètes mais persistent depuis des dizaines ou pour certaines des centaines de millions d’années. On peut rencontrer ces végétaux étranges dans la nature actuelle dans des milieux particuliers, au détour d’un sentier humide, au bord d’un étang, en zone tempérée ou tropicale.
Ils font partie de la biodiversité actuelle qu’ils enrichissent, sinon par leur nombre, du moins par l’originalité de leur anatomie et de leur mode de reproduction. Les préserver aujourd’hui est un enjeu considérable, car ces formes représentent les derniers témoins de mondes révolus auxquels nous n’avons d’autre accès qu’à travers les fossiles.
Dans le Jardin des Plantes, il est possible d’admirer de magnifiques Ginkgo biloba, survivants originaires de Chine d’un groupe autrefois largement présent en Europe. On peut aussi rencontrer des fougères osmondes dans le jardin alpin, ou même découvrir des hépatiques accrochées au rebord ombragé d’un rocher ou d’un pan de mur humide... Il suffit d’être attentif et conscient de la longue histoire de ces plantes délicates, résultats d’une évolution qui s’est entièrement déroulée bien avant que les « pré-humains » se soient redressés sur leurs deux pattes arrière.

Téléchargez ce dossier pour préparer votre visite :

Serre des forêts tropicales et humides

Serre des déserts et milieux arides

Serre de la Nouvelle-Calédonie

Serre de l'histoire des plantes

La rénovation des Grandes Serres

 


[D'après le film La Main Verte, réalisateur André Jarach, producteurs les Films d'Ici].